Avec la révélation de l’affaire de triche des émissions polluantes des véhicules diesel du groupe Volkswagen, une étude de CEO (Corporate Europe Observatory) met en lumière la présence de 240 lobbyistes, dont 43 directement pour Volkswagen: ils travaillent en silence à Bruxelles pour influencer les décisions de politique automobile de l’Union européenne, avec un budget annuel de 18 million d’euros (2014). Cet information met Bruxelles à l’embarras, accusé d’avoir fermé les yeux sur la fraude qui, a impacté plus de 11 millions véhicules dans le monde.
(Pour en savoir plus: Power of car industry lobby makes scandal inevitable )

Du "diesel écologique"? Vraiment?

Du « diesel propre »? Vraiment?

En effet, si on examine les faits, le catastrophe qui s’abat actuellement sur Volkswagen (16 milliard d’euros d’amendes, perte de crédibilité, des clients américains furieux qui vont bientôt faire des « class actions » et…démission du PDG) est une histoire de l’enfant gâté, qui a fini par prendre sa claque dans la cours de récréation.

Pour comprendre, voici les faits en vrac:

  1. L’avantage d’un moteur diesel est une émission faible en CO2, mais il émet beaucoup plus de gaz toxique (NOx, CO…etc)
  2. Dès 2008 les Etats Unis ont appliqué des normes très strictes en émissions de gaz toxique (Tier 2 Bin 5), ce n’est qu’en 2015 que l’Europe s’aligne aux normes américaines avec Euro 6
  3. Les tests des émissions et de consommation sont plus réalistes aux Etats Unis, qu’en Europe (voir Les différents cycles de conduite)
  4. La commission européenne a retardé sans cesse l’application de la nouvelle procédure de test WLTC

En réussissant, par la puissante machine de lobbying, à garder les motorisations diesel conformes aux demandes de législations européennes (il n’est pas absurde de dire que ce sont les constructeurs qui rédigent les textes sensés à les régir), Volkswagen était « tranquille » en Europe dans les années 2008-2015.
Tellement tranquille, que Volkswagen n’a pas jugé utile d’intégrer les systèmes de traitement de NOx (comme le SCR) sur les véhicules grand marché (Golf, Jetta…etc) équipés de motorisation TDi.

Cela n’aurait pas posé de problème, si le groupe VAG ne cherchait pas à devenir numéro 1 mondial.
Mais pour devenir le numéro 1 mondial, comme Volkswagen était déjà en tête en Europe et en Chine, le seul endroit où elle peut battre Toyota, c’est sur le sol américain, où le géant japonais occupe environ 15% du marché.
Mais dans ces années 2008-2010, Toyota est considéré comme le constructeur automobile le plus avancé en technologie de motorisation propre, grâce à sa technologie hybride essence-électrique, qui allie fiabilité, faible consommation et émissions extrêmement faible.
Le modèle Prius 2 et Prius 3 ont eu énormément de succès du côté Outre-Atlantique (entre 1999 et 2014, environ 1,5 million de Prius vendus aux Etats Unis).

Alors comment Volkswagen peut-elle faire pour battre Prius? Et gagner une image écologique aux Etats Unis?
(car les américains semblent assez préoccupés par l’environnement (ou leur image écologique), vu les réactions furieuses des propriétaires TDi américains: VW Diesel Drivers Hurt, Confused, Angry, Remorseful, alors qu’en France, le scandale n’a pas posé de souci aux acquéreurs de moteurs diesel:Un nouvel argument pour négocier le prix )

Ils ont une arme secrète, développée par les ingénieurs allemands les plus talentueux au monde… le moteur diesel TDi!

Une motorisation plus agréable à conduire (beaucoup de couple), faible consommation et faible émissions! What else?
Volkswagen était tellement fière de sa voiture sportive écologique, qu’un de ses responsables dit clairement au journaliste: « Si les acheteurs américains seraient plus intelligents et mieux informés, ils auraient acheté notre voiture diesel, à la place de tous ces hybrides qui n’ont aucun sens. » (l’histoire dira que finalement, ces acheteurs américains ne sont pas si idiots que ça…)
(lire: Why Did Volkswagen Cheat On Diesel Emissions In Its TDI Cars?)

L’arnaque a tellement bien fonctionné, que Jetta TDi est élu la voiture la plus écologique en 2009, par le journal Green Car.
Et Volkswagen y a tellement cru, qu’elle pense qu’elle est réellement un constructeur écologique qui consacre corps et âme pour un ciel plus bleu…

Mais en même temps, à cet époque, Volkswagen n’a pas beaucoup de choix…
À part le moteur diesel dont elle est très en avance, elle n’a pas réussi à aligner une voiture hybride suffisamment convaincante: la Jetta hybride (TSI+DSG).
Avec un intérieur très vieillot, une consommation plus élevée que la Prius, elle n’a pas réussi à séduire le public, et Volkswagen n’a pas mis beaucoup d’effort pour la vendre aussi…
Un peu comme XL-1, une voiture qui est destinée à occuper une place de pub dans un magazine qu’une place sur la route.

Morale de l’histoire

La leçon finale, c’est qu’en jouant la solution fainéante « je change les règles du jeu au lieu de bien jouer » en Europe, le groupe Volkswagen ne s’est pas préparé pour proposer une voiture réellement efficace en consommation et en émissions polluantes, à un prix abordable, dans les années 2008.

Et comme elle cherche à tout prix à devenir le numéro 1 mondial, elle a menti et triché pour gagner plus de part de marché.

L’histoire de Volkswagen aurait pu être différent: si VAG ne fait pas de lobby, l’Europe aurait mis en place des normes plus sévères dès 2008, forçant VAG et d’autres constructeurs à développer des technologies de motorisation propre beaucoup plus tôt, et ils auraient commercialisé des véhicules qui n’ont pas besoin de tricher aux Etats Unis.
Les pertes phénoménales auraient pu être épargnées…

C’est une vraie leçon pour beaucoup d’entreprises, et non seulement les constructeurs automobiles.

Au lieu de dépenser des millions pour faire du lobby et se coller pile aux normes, une entreprise peut aussi prendre de l’avance et réfléchir à créer des produits réellement bons pour la société.
Ce n’est pas une question de morale, mais économiquement parlant, c’est une manière de développer sur une base solide, de façon saine.

Il est ici tendant de citer Toyota, qui a réussi à écouler 8 million de véhicules hybrides, dont 1 million en Europe.
Avec ces chiffres de vente, elle a déjà réussi à produire de manière rentable ces motorisations propres, dont l’entretien est moins coûteux que les diesels Euro 6.
Toyota est en quelque sorte, bien à l’abri des évolutions des exigences environnementaux à l’avenir, notamment les futurs normes Euro 6 et la loi 95g/Km CO2.
Pourtant, Toyota a réussi à dégager des bénéfices largement supérieurs à ses concurrents (15,6 milliard d’euros, contre 10,8 milliard de VAG).

Pendant ce temps, les constructeurs européens doivent se battre pour passer la loi 95g/km à l’horizon 2020, avec des solutions d’acharnement thérapeutique (diesel de plus en plus coûteux à entretenir,  et hybride 48V qui réduit très peu les émissions et les consommations dans la vraie vie) et des solutions difficile à démocratiser (hybride rechargeable).