Hongqi (qui veut dire en chinois «Drapeau Rouge»), la marque dignitaire du régime chinois vient de dévoiler son nouveau concept car destiné aux jeunes : Hongqi B-Concept, au salon automobile de Beijing 2016. Avec l’intention de l’industrialiser sous l’appellation Hongqi H5 et la motoriser avec la technologie hybride rechargeable (PHEV), le groupe FAW (Premier Groupe Automobile) chinois réussira-t-il à sauver cette marque ancestrale créée par Mao en 1958 ?

Hongqi B Concept hybride rechargeable

Avec seulement 5000 voitures vendues en 2015, Hongqi (Drapeau rouge), considérée comme la référence en «identité nationale» des marques automobiles chinoises, compte sortir de l’impasse du marché commercial. Son PDG a d’ailleurs annoncé que dans le «futur» (5 ans, 10 ans ???), Hongqi compte multiplier par 19 son chiffre de vente pour atteindre 100 000 ventes annuelles.
(Largement subventionnée par l’État, il faut bien montrer quelques gestes pour afficher ses ambitions… après tout, les promesses intenables sont irrésistibles pour les politiciens et… les actionnaires.)
Pour réaliser cet objectif, Hongqi a mis les moyens pour sortir de son image de dignitaires (Rolls-Royce chinois) et les ingénieurs ont réalisé un concept car au dessin rajeuni, pour concurrencer les berlines prémium compactes comme Mercedes classe C, tout en intégrant un grand nombre d’inspiration de le culture traditionnelle chinoise et communiste.

Hongqi B-Concept Face

Le bas de l’entrée d’air sous la forme de rayons, est en réalité un rappel de l’éventail chinois.

Les commandes intérieures de Hongqi B-concept sont entièrement tactiles, l’intérieur blanc veut rappeler la porcelaine chinoise traditionnelle.

Hongqi B Concept intérieur

Quelle motorisation hybride rechargeable pour Hongqi B-Concept?

La marque chinoise annonce que ce concept car sera commercialisé d’ici 3 ans, sous l’appellation H5 (mais il arrive régulièrement que ces annonces restent des annonces…le temps de disparaître avec le budget demandé). Une motorisation PHEV (hybride rechargeable) est prévue, si on confère au prototype H7 PHEV (en tout cas le moteur n’a jamais été montré depuis son annonce en 2013), il s’agirait d’un moteur essence 2,0L Turbo, associé à un moteur électrique de 68 Ch (50 kW), et une boîte double embrayage 7 vitesses.

La batterie aurait une capacité de 12,8 kWh, pour une autonomie électrique de 50 km (seuil pour bénéficier d’un bonus écologique en Chine).

Hongqi H7 PHEV

Comme beaucoup de prototypes chinois, on se demande souvent s’il y a réellement un moteur dedans…

L’histoire de la marque Hongqi : sans elle, il n’y aurait pas eu le succès d’Audi ?

La marque Hongqi (Drapeau Rouge) est crée sous l’impulsion de Mao Zedong, dans le but de doter des véhicules «Made in China» pour recevoir des invités d’État étranger.
Commençant par recopier la petite Simca Vedette française en 1958 (et donnera le modèle Vent oriental CA71), puis trois mois plus tard la berline luxueuse Chrysler Imperial 1955 pour donner le modèle Drapeau Rouge CA72, les ingénieurs ont réussi péniblement à produire leurs propres véhicules (sur 100 carters de moteurs V8 en fonte produits, seuls trois sont validés… ce qui rappelle singulièrement les premières expériences automobiles de Toyota).

Hongqi CA72 Drapeau Rouge

Hongqi CA72 au salon automobile international de Leipzig (République Démocratique allemande) en 1960

Une version dérivée (sans toit) a été spécialement développée, elle sera le véhicule de Mao Zedong pour le défilé militaire en 1959 (10ème anniversaire de création de la république populaire de Chine); puis dans les années 60, la marque Hongqi sera désignée officiellement comme la «voiture d’État» des dirigeants du gouvernement.

Après la révolution culturelle (1969-1976) qui a largement ravagé le pays, comme le bureau d’étude et l’usine de Hongqi ont été paralysés (« en raison d’un mouvement social », selon le vocabulaire de la SNCF), il a été décidé de collaborer avec Porsche. Mais pour plusieurs raisons, cela ne s’est pas fait et nous avons bel et bien échappé à une limousine Porsche (après les SUV Cayenne diesel, voilà une nouvelle piste… Porsche, pensez-y !).
Avec l’arrivée au pouvoir de Deng Xioping suite au décès de Mao, le nouveau numéro 1 chinois a tranché le débat «passer au capitalisme ou rester dans le communisme ?» : «chat noir ou chat blanc, du moment qu’il attrape la souris, c’est un bon chat !» (citation véridique). Comparée à Hong Kong une ville chinoise capitaliste (colonie britannique) dont l’économie est florissante, Deng Xioping a bien compris que le modèle communiste est bien la cause d’une Chine appauvrie. La Chine s’ouvre désormais sur le marché international et ses voitures.

Hongqi Deng Xioping

Deng Xiaoping à bord d’une Hongqi au défilé militaire de 1984 sur la place Tian’anmen (porte de la paix céleste): 5 ans plus tard, il donnera l’ordre à l’armée d’écraser le mouvement étudiant qui a occupé la même place pendant 1 mois et demi (voir Tian’anmen Wikipédia)

Face à la concurrence des voitures étrangères plus performantes et plus fiables, l’ordre d’arrêt de production des Hongqi fut donné en 1981 (raison officielle: «consommation de carburant excessive»). Mais son groupe (FAW) souhaite développer la marque en choisissant l’axe «importer, puis fabriquer sous licence, pour pouvoir finalement concevoir soi-même». Plusieurs contacts ont été noués avec GM, Mitsubishi ou Chrysler, mais finalement, ce sera Audi qui accepte la collaboration avec l’entreprise d’État chinois.
En 1988, Hongqi fabriquera sous licence Audi 100 (l’ancêtre de Audi A6) : en 1989, 499 Hongqi-Audi 100 sont sorties de la chaîne et sont aussitôt réservées par les différents dirigeants du parti, de l’armée et du gouvernement. C’est à partir de ce moment qu’Audi a acquis l’image «voiture des hommes du pouvoir» auprès de la population : la police ose rarement arrêter une Audi sur la route.

Hongqi Audi 100

Audi 100 fabriqués avec le marquage Hongqi : notez l’emblème Drapeau rouge sur le capot

Même si depuis 2011, le gouvernement chinois a formellement interdit l’usage des véhicules de marques étrangères dans la fonction publique, l’image est restée dans la population. Les chefs d’entreprises sont encore très frileux vis à vis de cette marque et le marché chinois a largement contribué au succès de la marque aux quatre anneaux : en 2015, sur les 1,8 millions d’Audi vendues dans le monde, un tiers est vendu en Chine ! L’audace et la vision du groupe Volkswagen dans les années 80 s’avèrent payants (si on lit les témoignages de l’époque, les autres constructeurs ont soit eu peur d’être déficitaires (les français) soit envie de vendre des modèles obsolètes au prix fort (comme Chrysler : 1 million $ la chaîne de production de Dodge 600, non négociable).

Après le succès initial d’Audi 100 (environ 30 000 écoulés), Hongqi ne cessera de produire des voitures sous licence pour tenter de percer le marché civil: Lincoln Town Car, Audi 200 (mais avec un moteur Nissan), puis Toyota Crown Majesta… Mais avec une image trop politisée, une fiabilité pas vraiment au rendez vous et cette tendance à toujours vouloir copier les marques étrangères, les ventes dégringolent… En 2008 le chiffre de vente atteint péniblement 5000 (grâce aux commandes de l’État…), et malgré l’investissement de 1 milliard d’euros en 2012, les modèles Hongqi tombent comme des mouches sur le marché, même si elle poursuit sa mission de produire des voitures de cérémonie / réception d’État.

Hongqi-2015-Xi-JinPing

Le président Xi Jinping à bord du Hongqi CA7600J (commercialisé sous le nom de L9 au prix de 800 mille euros) au défilé militaire de 2015 : le style n’a pas beaucoup évolué depuis 50 ans…

Hongqi L9 - François Hollande

Hongqi L9 est également le véhicule utilisé par François Hollande lors de sa visite en 2013

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