Le Hongqi G919 : Une démonstration de force qui ébranle les certitudes
Il ne faut pas se méprendre sur les intentions de Hongqi. Avec le nouveau G919, la marque historique du groupe FAW ne cherche pas seulement à occuper le terrain du SUV tout-terrain ; elle pose un jalon technologique qui force le respect, et peut-être une certaine inquiétude chez les constructeurs européens. Alors que le marché bascule vers une électrification massive, Hongqi choisit une voie intermédiaire, celle de l’EREV (Extended Range Electric Vehicle), pour résoudre le paradoxe du poids et de l’autonomie sur les véhicules à vocation baroudeuse.
Le G919 n’est pas un SUV électrique conventionnel. C’est une plateforme de haute voltige qui développe une puissance cumulée de 620 kW (soit 843 ch) et un couple titanesque de 1 320 Nm. Ces chiffres, dignes d’une hypercar ou d’un camion au choix, sont délivrés par une architecture à quatre moteurs électriques indépendants. Cette configuration permet une vectorisation du couple instantanée, une nécessité pour un engin de ce gabarit dès lors qu’il quitte le bitume. Mais la véritable prouesse réside dans cette autonomie annoncée de 1 350 km en cycle mixte, rendue possible par un prolongateur d’autonomie thermique dont la gestion intelligente vient pallier les limites des batteries actuelles en usage intensif.
Une architecture EREV face à la domination du « tout-électrique »
Il nous est arrivé de souligner les limites du tout-électrique pour le franchissement ou le remorquage longue distance. Le choix de Hongqi pour le G919 est pragmatique : conserver la réactivité et le silence de l’électrique tout en s’affranchissant de l’angoisse de la recharge en zone isolée. Comparé au Mercedes-Benz Classe G 580 avec technologie EQ, qui affiche une puissance de 432 kW (587 ch) pour une autonomie WLTP plafonnée à environ 470 km avec sa batterie de 116 kWh, le G919 propose une polyvalence d’usage nettement supérieure. Si le Classe G reste la référence iconique, il est ici surclassé sur le plan de la fiche technique pure par une approche hybride série plus adaptée aux vastes étendues.
De même, face à un Land Rover Range Rover Electric (dont les détails définitifs se font attendre mais qui mise sur une architecture 800V classique), le G919 joue une carte différente : celle de l’autonomie « rassurante » tant que le réservoir de carburant est alimenté. C’est une stratégie qui fait sens sur le marché chinois, mais qui pourrait également trouver un écho chez certains clients européens qui ne veulent pas composer avec les infrastructures de recharge actuelles.
Technologie Lidar et ambition haut de gamme
Le G919 ne se contente pas de muscles mécaniques. Hongqi a intégré une suite de capteurs Lidar de dernière génération, visant une autonomie de niveau 3 sur autoroute et des capacités de franchissement assisté par vision artificielle. C’est ici que le bât blesse pour la concurrence : là où les constructeurs traditionnels facturent chaque aide à la conduite comme une option onéreuse, Hongqi intègre son écosystème technologique dès la conception.
- Puissance : 620 kW (843 ch) via 4 moteurs.
- Couple : 1 320 Nm.
- Autonomie totale : 1 350 km (norme CLTC).
- Technologie : Architecture EREV avec Lidar haute résolution.
Un positionnement macro-économique agressif
Ne nous y trompons pas : le G919 est une réponse directe à la guerre des prix et à la montée en puissance des technologies logicielles chinoises. Alors que les barrières douanières européennes tentent de freiner l’offensive des VE, Hongqi propose ici un produit dont la complexité technique justifie des marges élevées, tout en restant compétitif face aux premiums allemands. L’enjeu pour le groupe FAW est clair : transformer l’image de « marque de prestige d’État » en celle d’un leader technologique mondial. Ils ne vendent plus seulement un SUV ; ils vendent une supériorité numérique et mécanique.
Le G919 est-il le coup de maître que Hongqi espère ? Pour le conducteur pragmatique, c’est une proposition fascinante qui remet en question la nécessité absolue de la batterie géante, lourde et coûteuse. Pour l’amateur de technique, c’est une vitrine fascinante. Toutefois, le succès dépendra de la fiabilité réelle de cette chaîne de traction complexe, lourde et de la qualité du support logiciel, deux domaines où les constructeurs chinois doivent encore prouver leur constance sur le long terme face aux standards de durabilité européens.
À votre avis, le prolongateur d’autonomie (EREV) est-il la solution ultime pour les SUV lourds, ou n’est-ce qu’une transition technologique condamnée à disparaître au profit des batteries à électrolyte solide ?

